Le scanning portuaire au cœur d’un bras de fer à 200 milliards FCFA

Le scanning portuaire au cœur d’un bras de fer à 200 milliards FCFA

CAMEROUN : LE MINISTRE DES FINANCES AFFIRME SON ROLE REGALIEN EN MATIERE DE SCANNING DES PRODUITS SUR LA PLACE PORTUAIRE

Le 26 Décembre 2025, à l’issue d’une session du conseil d’administration du Port autonome de Douala (PAD), un communiqué officiel annonce la généralisation progressive des opérations de scanning à l’ensemble des marchandises transitant par le port, à l’import comme à l’export, « tous modes de conditionnement confondus ». Le PAD y précise que cette extension du scanning s’inscrit «  en cohérence avec la politique générale de l’État en matière de sécurisation des frontières et du territoire national », ajoutant que les modalités opérationnelles seront précisées par un texte ultérieur. Pour ces opérations, les autorités portuaires décident du retrait du suisse Société générale de surveillance (SGS), opérateur du scanning présent au port de Bonaberi depuis 2015, et l’attribution du marché à Transatlantic D. SA, une société de droit camerounais avec prise d’effet au 1er Janvier 2026. Naît ainsi un affrontement institutionnel inédit entre le ministère des Finances et les autorités portuaires.

Les précisions légales et statutaires du ministère des finances concernant le scanning

En réponse à la note du Directeur Général du PAD, le 29 décembre, le ministre Louis Paul Motaze adresse un courrier de recadrage au directeur général du PAD, Cyrus Ngo’o. Dans le document, il évoque avec clarté les dispositions légales et régaliennes qui encadrent les missions de la douane, incluant l’inspection des marchandises, la facilitation et la sécurisation du transit sur la place portuaire.

« Je vous demande de vous en tenir, aux dispositions pertinentes du Contrat d’Inspection par Scanner (CIS) que le gouvernement a conclu avec la Société Générale de Surveillance (SGS) le 2 mars 2015 en vue de renforcer la sécurisation des recettes douanières », a-t-il écrit. Rappelant que les opérations de scanning constituent « un instrument central du contrôle douanier, relevant exclusivement des compétences de la Douane camerounaise ».

Cette lettre vient freiner net Cyrus Ngo’o dans son élan, lui qui n’a presque jamais connu untel désarmement depuis son arrivée à la tête du PAD où son style managérial doublé d’innombrables innovations est salué de plusieurs observateurs.

La riposte administrative des autorités portuaires

La sortie du ministre Motaze, loin de clore le débat, va immédiatement susciter la réaction de l’Autorité portuaire nationale (APN). Par la voix de son tout nouveau directeur général, Willie Tsanga Mba, elle émet un courrier ce même 29 Décembre en apportant publiquement son soutien au PAD. Par une décision formelle, le régulateur du secteur portuaire entérine l’adjudication du scanning à marchandises à Transatlantic D. SA et homologue la grille tarifaire hors taxes applicable aux prestations fournies par l’entreprise.

Bien plus, fort de ce soutien de l’APN, dans un nouveau communiqué rendu public le 19 janvier 2026, Cyrus Ngo’o appelle toutes les administrations à s’arrimer immédiatement à la nouvelle procédure de scanning afin d’éviter toute interruption de l’exploitation du port. Il invite dès lors ces derniers à « désactiver l’ancien système et à s’arrimer immédiatement à la nouvelle procédure de scanning afin d’éviter le double paiement des frais de scanning aux chargeurs ».

Une tension administrative sous fond de flou contractuel

Selon une source interne au PAD, le fondement juridique de la contestation ministérielle serait inexistant. Elle informe que « le contrat signé avec SGS en 2015 était un contrat de dix ans,  arrivé à son terme naturel. Aucun renouvellement n’a été acté ».

Ces révélations, si elles sont fondées, viennent contredire celles de la SGS qui, le 14 mars 2024, annonçait sur son site internet officiel avoir signé le « 20 décembre 2023 », un « renouvellement de contrat pour la fourniture de services de vérification de la conformité avant exportation (PVOC) pour le Cameroun ». Une information qualifiée d’« inexacte » au port de Douala où des voix soutiennent qu’une note du ministère des Finances datée de novembre 2025 reconnaissait elle-même l’échéance du contrat avec SGS à fin 2025.

Au-delà de l’aspect contractuel, des sources ayant connaissance du dossier évoquent une instruction directe de la Présidence de la République, fondée sur un rapport des services de sécurité nationale mettant en cause des défaillances techniques imputées à SGS. « Le chef de l’Etat a instruit le PAD de recourir à un nouveau partenaire plus performant. Le directeur général du PAD ne fait qu’exécuter une haute instruction présidentielle », apprend-on.

Double scanning et imbroglio entre le partenaire des douanes et celui du PAD

Le PAD justifie son choix par la signature d’un contrat de type Build-Operate-Transfer (BOT) de 25 ans avec Transatlantic. Ce partenariat prévoit l’acquisition, l’installation, l’exploitation, la maintenance et la rétrocession de huit scanners, ainsi que des superstructures et équipements associés en vue du renforcement de la vérification des marchandises à tous les postes de contrôle douanier et optimiser la collecte des recettes au profit du trésor public dans un contexte de persistance des pratiques telles que la contrebande qui fait perdre environ 200 milliards Fcfa par an à l’économie. L’objectif affiché est de renforcer la lutte contre la contrebande, estimée à près de 200 milliards FCFA de pertes annuelles, et d’optimiser la mobilisation des recettes douanières.

Sur le terrain, Transatlantic affirme être déjà opérationnelle. « Nos équipes sont déployées, les scanners mobiles et fixes installés, et les services effectifs », assure un cadre de l’entreprise, balayant toute incertitude opérationnelle malgré la position régalienne du ministère des Finances. De son côté, SGS reste présente au port de Douala-Bonaberi, selon nos informations, illustrant la confusion institutionnelle qui entoure cette transition.

Le passage en force du PAD

Pour marquer sa détermination à imposer son partenaire Transatlantic sur la place portuaire, le PAD a officiellement transmis une nouvelle grille tarifaire aux opérateurs économiques sur son enceinte. Les nouveaux coûts fixent, notamment, le scanning des conteneurs pleins à l’export à 38 500 FCFA pour les 20 pieds et 50.000 FCFA pour les 40 pieds. À l’import, les montants sont plus élevés: 66 000 FCFA pour les conteneurs de 20 pieds et 95 000 FCFA pour ceux de 40 pieds, traduisant des exigences accrues en matière de contrôle des flux entrants.

Cette tarification explicitement soutenue par l’APN rebat les cartes et tente surtout de tordre le bras au ministère des Finances, désormais confronté à un front portuaire assumant pleinement la conduite du « 100% scanning ».

Le communiqué du PAD du 19 Janvier dernier vient confirmer ce passage en force en informant qu’à date 1 682 images exploitables ont été réalisées par son partenaire Transatlantic, avec une répartition entre conteneurs 20 pieds (1 530) et 40 pieds (1 326). Selon le même document, sur les inspections finalisées, l’entreprise revendique 1 283 unités 20 pieds et 1 283 unités 40 pieds traitées, estimant que ces chiffres traduisent « une capacité opérationnelle maîtrisée dès les premiers jours d’exploitation ».

Un arbitrage nécessaire de la Présidence de la République à l’horizon

Selon des sources sur la place portuaire de Douala, malgré l’arrivée du nouvel opérateur reconnu par le PAD, certaines administrations continueraient d’utiliser l’ancien système de facturation lié à SGS — une hypothèse cohérente avec l’instruction annoncée par le ministre Louis Paul Motazé à la DGD et aux services du MINFI dans sa lettre du 29 décembre 2025.

Cette confusion entretenue sur le terrain affecte maintenant les opérations de transit et pourrait perturber le commerce sous-régional. Une situation qui grèverait alors les recettes portuaires et accentuerait la concurrence d’autres ports de la région comme Kribi, Pointe Noire, Lagos ou même Malabo.

Face à l’urgence et la gravité de la discorde, le Ministre d’Etat, Secrétaire Général à la Présidence de la République a commis une note, datant du 21 Janvier 2026, convoquant l’ensemble des parties prenantes à une réunion d’arbitrage devant permettre une meilleure mise en œuvre des hautes instructions du Chef de l’Etat. A l’issue de cette démarche, les usagers s’attendent à l’adoption d’une procédure claire en matière de scanning, opérée par un responsable reconnu unanimement par les différentes administrations intervenant sur la place portuaire de Douala.

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Kongoh Mandela

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