
Une stratégie efficace qui permettra de dévoiler un nouveau gouvernement efficace et expurgé de tout ministre corrompu.
Des ministres au détecteur de mensonge. La stratégie a été mise sur pied à Madagascar. Selon le colonel Michaël Randrianirina, investi à la tête de la Grande île, elle permettra ainsi de trier les ministres corrompus des loyaux. Une initiative salutaire quand on sait qu’à Antananarivo, le nouveau gouvernement est attendu pour être dévoilé ce « lundi ou mardi »… car tous les candidats doivent d’abord passer au détecteur de mensonge. « On ne cherche pas quelqu’un de propre à 100 %, mais à plus de 60 % », a confié le colonel Michaël Randrianirina, assumant une approche pour le moins inédite de la sélection ministérielle. Lui qui, cinq mois après la prise de pouvoir des militaires dans cette île de l’océan Indien à l’issue de manifestations du mouvement Gen Z, avait limogé son gouvernement le 9 mars dernier.
Dans ce pays en voie de développement, l’annonce est plutôt bien accueillie.
Cette décision fait aussi et surtout suite aux dérives du régime précédent qui ont laissé des traces profondes. Pour illustration, la Cour des comptes a révélé récemment l’existence d’une « gestion parallèle » des finances publiques sous Andry Rajoelina : comptes occultes alimentés à partir des crédits inutilisés des ministères, près de 900 milliards d’ariary (188 millions d’euros) détournés, paiements massifs à des entreprises privées avant réalisation des prestations, véhicules disparus et projets publics avortés, comme le téléphérique d’Antananarivo ou la ville-nouvelle de Tanamasoandro.
Séquence politique plus large
Soulignons que ces audits pointent une capture des ressources de l’État par des intérêts proches de l’ancien président et de son entourage. Dans ce contexte, le recours au polygraphe apparaît pour le pouvoir actuel comme un instrument pour restaurer la confiance et limiter les risques de corruption. Le principe est simple : tout candidat à un poste ministériel devra se soumettre à un test polygraphique. Objectif affiché : distinguer les loyaux des traîtres, les réformateurs des opportunistes. « On saura qui est corrompu », promet le chef de la transition.
Une promesse de transparence pour le pouvoir en place qui mise désormais sur une technologie aux allures de vérité absolue. Et qui fixe au passage un seuil inédit : 60 % d’honnêteté suffiraient pour gouverner.
Ce choix s’inscrit dans une séquence politique plus large. Le président malgache, qui a pris le pouvoir en octobre, a nommé il y a tout juste une semaine au poste de Premier ministre Mamitiana Rajaonarison, ancien chef de la lutte contre le blanchiment d’argent.
Tournant décisif
Ancien officier de gendarmerie, ce dernier dirigeait depuis 2021 le Service de renseignement financier de Madagascar (SAMIFIN), chargé de combattre les flux financiers illicites, le blanchiment et le financement du terrorisme. Un profil technique, réputé rigoureux, choisi pour incarner une exigence d’intégrité que le pouvoir entend désormais ériger en principe.
Rappelons que quelques jours plus tôt, le colonel Randrianirina avait limogé son prédécesseur, Herintsalama Rajaonarivelo,pour des raisons évidentes. Issu du secteur privé, celui-ci avait été nommé dans la foulée de la crise politique d’octobre.
Lors de la cérémonie de nomination, le chef de l’État avait souligné que le pays traverse un tournant décisif. Pour lui, « ce pays a besoin d’une personne intègre, incorruptible ».






