
Le 18 mai 2026, le gouvernement nigérien a approuvé un décret annulant la concession minière d’Arlit ,un titre initialement accordé en 1968 au Commissariat à l’énergie atomique français déclarant le territoire libre de tout droit et le restituant intégralement au peuple nigérien.
La concession couvrait 360 kilomètres carrés et avait été accordée pour 75 ans. Le géant nucléaire français Orano anciennement Areva l’a exploitée pendant plus d’un demi-siècle, extrayant de l’uranium qui alimentait les foyers, les hôpitaux et l’industrie français, tandis que les communautés autour d’Arlit restaient privées d’électricité fiable.
Le Niger n’a pas seulement annulé le contrat ; il l’a entièrement remplacé.
Simultanément, le gouvernement nigérien a créé une nouvelle entreprise publique, la Société de sauvegarde de l’uranium de Teloua (TSUMCO), chargée de reprendre toutes les opérations d’extraction d’uranium sur le territoire nigérien. L’uranium nigérien sera désormais extrait par des Nigériens et pour le bénéfice du Niger.
Et la France n’est pas exempte de conséquences non plus. Orano doit encore répondre de ses obligations fiscales et environnementales pour ce que le Niger qualifie d’impacts dramatiques sur les sols, les ressources en eau et la biodiversité autour de la zone minière d’Arlit des dommages accumulés pendant cinq décennies d’extraction qui ont enrichi la France et empoisonné les terres nigériennes.
La France avait déjà perdu le Niger comme fournisseur d’uranium après le coup d’État de 2023. Cette semaine, le Niger a rendu cette séparation permanente, légale et irréversible.
Pendant 58 ans, l’uranium nigérien a alimenté l’Europe en électricité tandis que les Nigériens vivaient dans l’obscurité. Le contrat est annulé. L’entreprise a disparu. La terre appartient au peuple auquel elle aurait toujours dû appartenir.
La France a construit 56 réacteurs nucléaires avec de l’uranium africain. Combien d’écoles a-t-elle construites au Niger ?
Ce qui se passe au Niger dépasse largement la question de l’uranium.
C’est un symbole.
Pendant des décennies, l’Afrique a exporté ses richesses…
et importé la pauvreté.
Le Niger possède l’un des sous-sols les plus stratégiques du monde.
Son uranium a alimenté des villes européennes entières.
Il a fait fonctionner :
- des usines,
- des hôpitaux,
- des trains,
- des industries,
- des centrales nucléaires.
Mais pendant ce temps…
Des populations nigériennes vivaient sans électricité stable, sans infrastructures suffisantes et parfois sans accès digne à l’eau ou aux services essentiels.
Voilà le paradoxe africain :
des terres immensément riches…
mais des peuples maintenus dans la dépendance.
La décision du Niger n’est donc pas seulement économique.
Elle est psychologique.
Historique.
Géopolitique.
Elle envoie un message à toute l’Afrique :
Un peuple qui ne contrôle pas ses ressources ne contrôle pas réellement son destin.
Bien sûr, récupérer une mine est une chose.
Transformer cette richesse en développement réel pour la population en est une autre.
Le plus grand défi commence maintenant :
- former des compétences locales,
- sécuriser la gestion publique,
- éviter la corruption,
- protéger l’environnement,
- investir dans l’éducation,
- transformer les ressources sur place,
- créer une véritable souveraineté industrielle.
Car l’Afrique ne gagnera pas simplement en expulsant des puissances étrangères.
Elle gagnera lorsqu’elle saura transformer ses matières premières en puissance économique durable.
Mais malgré tout…
Voir un État africain reprendre officiellement le contrôle d’une ressource aussi stratégique après des décennies d’exploitation extérieure marque un tournant psychologique majeur pour le continent.
L’Afrique entre progressivement dans une nouvelle phase :
celle où les peuples commencent à poser une question fondamentale :
“À qui doivent réellement profiter les richesses africaines ?”
Yvon Webo ( Facebook)






