Le procès de l’assassinat du journaliste Martinez Zogo a connu, ce lundi 26 octobre 2026, de nouveaux échanges au tribunal militaire de Yaoundé. Lors du contre-interrogatoire du lieutenant-colonel Dieudonné Bialo, 35e témoin de l’accusation, l’ancien patron du renseignement extérieur, Léopold Maxime Eko Eko, a soulevé plusieurs questions sur la conduite de l’enquête, la gestion de documents confidentiels et d’éventuelles rivalités politiques au sommet de l’État.

L’audition du lieutenant-colonel Dieudonné Bialo, chef du service central des recherches judiciaires au Secrétariat d’État à la Défense (SED), a donné lieu à une série de questions de Léopold Maxime Eko Eko. L’ancien directeur général de la Recherche extérieure (DGRE), poursuivi dans l’affaire Martinez Zogo
, a cherché à mettre en évidence ce qu’il considère comme des incohérences dans les investigations menées après l’assassinat de l’animateur radio.
L’essentiel
L’un des moments marquants du contre-interrogatoire a porté sur les tensions politiques que l’ancien responsable du renseignement estime susceptibles d’avoir influencé cette affaire. Eko Eko a notamment demandé au témoin si le Cameroun n’était pas exposé à des luttes de clans liées à la succession présidentielle, en faisant référence à des rapports qu’il affirme avoir établis lorsqu’il dirigeait la DGRE.
Face à cette question, le lieutenant-colonel Bialo a répondu ne pas savoir de quoi il s’agissait. Cette réponse n’a apporté aucun élément permettant d’établir un lien entre les rivalités politiques évoquées par Eko Eko et l’assassinat du journaliste.
L’ancien directeur général a également interrogé l’officier sur son rôle au sein de la commission mixte chargée des investigations. Il a relevé ce qu’il considère comme une contradiction dans les déclarations du témoin, celui-ci ayant précisé qu’il n’avait pas encore intégré la commission au moment de certains interrogatoires.
Les échanges se sont ensuite concentrés sur les perquisitions réalisées dans le cadre de l’enquête. Léopold Maxime Eko Eko a affirmé que les enquêteurs avaient ouvert le coffre-fort de son bureau à la DGRE, où auraient été conservés des dossiers relatifs à des enquêtes et à des opérations sensibles.
L’ancien responsable du renseignement a cherché à obtenir des précisions sur les conditions de cette opération, l’accès aux documents qui s’y trouvaient et les perquisitions effectuées à ses domiciles.
Selon le récit de l’audience, le lieutenant-colonel Bialo a indiqué ne pas avoir de réponse à plusieurs de ces questions. Il n’a pas davantage apporté de précisions sur son éventuelle participation à une opération d’élimination ciblée évoquée au cours du contre-interrogatoire.
Ces échanges ont permis à la défense de soulever la question du traitement des informations confidentielles pendant les investigations. Ils ne permettent toutefois pas, à eux seuls, de conclure à une irrégularité dans les opérations de perquisition.
Léopold Maxime Eko Eko s’est également intéressé aux relations entre certains protagonistes du dossier. Il a évoqué un rapport d’expertise qui, selon ses déclarations, ferait état de la transmission de 48 documents confidentiels par Modeste Mopa Fatoing, ancien directeur général des Impôts, au lieutenant-colonel Justin Danwe.
À partir de cet élément, Eko Eko a soulevé l’hypothèse d’une instrumentalisation de Justin Danwe dans l’entourage de l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga. Cette interprétation relève toutefois des interrogations formulées par l’accusé et ne constitue pas un fait établi par les éléments rapportés de l’audience.
L’ancien patron de la DGRE a par ailleurs demandé si Justin Danwe avait été autorisé à s’entretenir avec les membres du commando présumé avant leur audition par les enquêteurs.
Sur ces différents points, le lieutenant-colonel Bialo a déclaré ne pas disposer des informations demandées.
La dernière partie du contre-interrogatoire a porté sur les preuves numériques versées au dossier, notamment des échanges attribués à Paul Daizy Biya et communiqués aux enquêteurs.
Eko Eko a cherché à déterminer si les investigations avaient porté sur l’ensemble des conversations disponibles ou sur une sélection de messages. Selon le compte rendu transmis, le témoin a reconnu que seuls quelques messages lui avaient été présentés.
L’ancien directeur général a également interrogé l’officier sur un éventuel piratage du compte WhatsApp de Martinez Zogo, ainsi que sur des échanges faisant référence à des difficultés attribuées à des individus basés à Nsam et à l’utilisation du profil « Fantôme Fantôme ».
Le lieutenant-colonel Bialo a indiqué ne pas se souvenir de certains éléments ou ne pas en avoir connaissance.
À travers ce contre-interrogatoire, Léopold Maxime Eko Eko a tenté de mettre en discussion plusieurs aspects de l’enquête, depuis les conditions de collecte des preuves jusqu’aux éventuelles influences extérieures. Les réponses du témoin, telles que rapportées, laissent plusieurs questions sans éclaircissement. Leur portée devra être appréciée par le tribunal au regard de l’ensemble des pièces du dossier et des autres témoignages.






