Les Forces armées centrafricaines et leurs alliés russes reprennent le contrôle total de la localité stratégique, à la frontière du Soudan, après un raid rebelle qui avait blessé trois casques bleus de la MINUSCA. À Bangui, des centaines de manifestants ont défilé pour saluer l’opération.
Par notre rédaction, avec Zigoto Tchaya, envoyé spécial à Am-Dafock · Bangui / Vakaga, 7 juillet 2026

Am-Dafok respire de nouveau. Après plusieurs jours de tension et une attaque armée qui avait secoué cette localité frontalière de la préfecture de la Vakaga, notre envoyé spécial Zigoto Tchaya a pu constater sur le terrain la reprise totale du contrôle de la ville par les Forces armées centrafricaines (FACA) et leurs alliés. Les images qu’il a rapportées montrent des colonnes de soldats progressant méthodiquement dans les rues désertées, entre bâtiments endommagés et commerces fermés, dans une atmosphère encore habitée par les stigmates des combats récents.
Cette reconquête, confirmée samedi par le gouvernement centrafricain, marque un tournant dans la crise sécuritaire qui couvait depuis plusieurs semaines à cette frontière avec le Soudan voisin, où l’instabilité chronique continue de déborder sur le territoire centrafricain.
Sur le terrain : le récit d’une reconquête
Envoyé sur place dans les heures qui ont suivi l’annonce officielle, notre correspondant Zigoto Tchaya a pu circuler librement dans les rues d’Am-Dafock, escorté par des éléments des forces régulières et leurs partenaires russes. Le tableau qu’il en dresse est celui d’une ville reprise en main mais encore convalescente : bâtiments aux toitures arrachées, traces de passage précipité, et une population qui, prudemment, recommence à sortir de ses habitations.
Les soldats rencontrés sur le terrain, en tenue de combat et parfois le visage dissimulé sous un keffieh ou une cagoule, patrouillent par petits groupes, en véhicules légers ou à moto, quadrillant méthodiquement chaque quartier. Cette présence militaire dense se veut un message : celui d’un contrôle désormais total et durable de la localité, après plusieurs jours durant lesquels des éléments armés s’y étaient retranchés.
« Nous avons pu libérer la ville d’Am Dafok hier, en mettant en déroute les bandits armés qui s’y étaient retranchés il y a quelques jours »
— un responsable local, cité par plusieurs témoins sur le terrain
Selon les informations recueillies par notre envoyé spécial, les opérations de sécurisation se poursuivent bien au-delà du seul périmètre urbain d’Am-Dafok. Des colonnes militaires continuent de ratisser les environs, à la recherche d’éventuels groupes résiduels qui auraient pu se disperser dans la brousse environnante plutôt que d’affronter directement les forces régulières.
La version officielle : Bangui parle de « souveraineté réaffirmée »
Par la voix d’un communiqué du ministère de la Communication, le gouvernement centrafricain a annoncé le rétablissement du contrôle total de la localité stratégique d’Am-Dafok, présentant cette opération comme une réponse à ce qu’il qualifie d’agression caractérisée, perpétrée par des éléments armés venus de l’extérieur du pays.
Le communiqué officiel insiste sur le rôle déterminant joué par les Forces armées centrafricaines, appuyées par leurs partenaires russes, dans la conduite de cette opération. Dotées, selon les autorités, d’une logistique militaire adéquate, les forces de défense et de sécurité auraient fait échouer ce que Bangui décrit comme l’entreprise criminelle d’un « groupuscule de rebelles ».
Un hommage aux soldats tombés
Le gouvernement centrafricain a tenu à saluer le courage des soldats engagés dans cette opération et à s’incliner devant la mémoire des militaires tombés au champ d’honneur, sans toutefois communiquer de bilan précis des pertes humaines de part et d’autre. Cette réserve sur les chiffres reste caractéristique de la communication officielle sur les opérations militaires en cours dans la région.
Des opérations de ratissage qui se poursuivent
Au-delà de la seule reprise de la ville, des missions de ratissage se poursuivent actuellement dans l’ensemble de la préfecture de la Vakaga. L’objectif affiché par les autorités est de neutraliser les bandes armées, décrites comme des « coupeurs de route », qui chercheraient à fuir la puissance de frappe des forces régulières en se repliant dans les zones rurales moins accessibles.
Face aux exactions répétées dont seraient victimes les populations civiles de la zone, les FACA réaffirment, selon le communiqué gouvernemental, leur détermination absolue à ramener une paix durable dans cette région frontalière historiquement fragile. Cette action de sécurisation bénéficierait, toujours selon Bangui, d’une forte confiance de la population locale, désireuse de retrouver au plus vite la cohésion sociale et le vivre-ensemble mis à mal par des années d’instabilité.
Un appel à la communauté internationale
Le message adressé depuis Bangui se veut sans concession : aucune portion du territoire national ne sera abandonnée face aux incursions armées. Le gouvernement centrafricain appelle désormais les organisations régionales et internationales à condamner ce qu’il qualifie d’agression extérieure contre un État souverain, une manière de replacer la crise d’Am-Dafok dans un cadre plus large de défense de l’intégrité territoriale du pays.
Bangui dans la rue : une mobilisation populaire de soutien
Loin du théâtre des opérations, c’est à plusieurs centaines de kilomètres de là, dans les rues de la capitale, que la reconquête d’Am-Dafok a trouvé un écho populaire immédiat. Lundi, des centaines de personnes ont défilé dans les rues de Bangui pour exprimer leur soutien à la coopération sécuritaire en cours entre la République centrafricaine et la Russie, dans le sillage direct des opérations menées à la frontière nord-est.
Les images de cette manifestation montrent des participants brandissant des banderoles sur lesquelles on pouvait lire des messages de soutien sans équivoque aux forces de défense et de sécurité du pays et à leurs partenaires. « Le peuple souverain est derrière la FACA et ses alliés », proclamait l’une des banderoles portées par les manifestants, tandis qu’une autre affirmait que le peuple centrafricain soutient les Forces armées centrafricaines. Cette manifestation s’est déroulée dans une ambiance de liesse populaire, marquée par des chants, des danses et des slogans patriotiques, malgré une pluie battante qui n’a pas découragé les participants.
« Montrer leur patriotisme » : la parole des organisateurs
Paul Patrick Ngama, coordinateur de l’organisation Azimut Vivre Ensemble, à l’origine de l’appel à manifester, a expliqué le contexte de cette mobilisation citoyenne spontanée.
« Des jeunes sont venus me voir et m’ont demandé d’organiser cette manifestation aujourd’hui pour montrer leur patriotisme et leur désir de défendre leur nation, de soutenir nos forces de défense et de sécurité, les FACA, la gendarmerie et la police — ainsi que nos alliés, qui ont pu libérer la ville d’Am Dafok hier »
— Paul Patrick Ngama, coordinateur de l’organisation Azimut Vivre Ensemble
Le coordinateur a par ailleurs insisté sur l’ampleur de la mobilisation, qu’il présente comme le signe d’un patriotisme grandissant au sein de la population centrafricaine.
« Malgré la pluie, j’ai vu aujourd’hui une foule immense de femmes, de mères, d’épouses et de mères de soldats, d’hommes et de femmes centrafricains et de jeunes, venus manifester leur soutien à leur armée. C’est une grande satisfaction, car cela prouve que le patriotisme continue de grandir dans le cœur des Centrafricains »
— Paul Patrick Ngama
Le témoignage d’une survivante des années de crise
Parmi les manifestants figurait également Marie Claire Kobi, habitante du quartier du Sahara, qui a confié à notre rédaction les motivations profondément personnelles ayant guidé sa participation à cette marche de soutien.
« Nous voulons la paix. Nous qui vivons dans le quartier du Sahara, nous avons passé deux ans dans un camp de réfugiés lorsque les rebelles ont pris la capitale. Nous avons subi toutes sortes d’humiliations, c’est pourquoi nous ne voulons plus voir les rebelles dans notre pays »
— Marie Claire Kobi, habitante du quartier du Sahara
Ce témoignage résonne avec celui de nombreux Centrafricains qui, ayant vécu les années de crise et l’occupation de la capitale par des groupes rebelles, perçoivent aujourd’hui les opérations menées dans la Vakaga comme une garantie contre le retour de scénarios similaires.
Comprendre la crise : origines et enjeux d’un conflit frontalier
Le raid du 30 juin, point de départ de l’escalade
Ce rassemblement de soutien et cette opération de reconquête interviennent après un raid rebelle mené contre la ville frontalière d’Am-Dafok, un événement qui a considérablement exacerbé les tensions le long de la frontière entre la République centrafricaine et le Soudan. Selon les informations disponibles, des éléments armés ont attaqué la localité à l’aube du 30 juin dernier.
Cette attaque a également visé les forces internationales présentes dans la zone : des tirs ont été dirigés contre une base temporaire de la MINUSCA, la mission des Nations unies en Centrafrique, blessant trois casques bleus zambiens qui y étaient stationnés. C’est la mission onusienne elle-même qui a rendu compte de cet incident, soulignant la gravité de la situation sécuritaire dans ce secteur frontalier.
Face à cette attaque, le gouvernement centrafricain a annoncé que ses troupes, appuyées par leurs alliés russes, étaient parvenues à reprendre Am-Dafok au cours du week-end suivant, ouvrant la voie aux opérations de sécurisation actuellement en cours.
Ce qu’il faut retenir
La reprise d’Am-Dafok illustre à la fois la détermination affichée par Bangui à ne céder aucune parcelle du territoire national face aux incursions armées, et la profondeur du soutien populaire dont bénéficie, pour l’heure, la coopération sécuritaire avec la Russie auprès d’une partie significative de la population centrafricaine.
Notre rédaction continuera de suivre l’évolution de la situation à la frontière nord-est, avec les prochains éléments de terrain rapportés par notre envoyé spécial Zigoto Tchaya.
Avec des éléments de Zigoto Tchaya (Am-Dafock) et de nos services (Bangui). Sources : ministère de la Communication de la RCA, MINUSCA, témoignages recueillis sur le terrain.






